M. appose le petit écriteau à l’entrée de la scierie, à droite de la petite fenêtre qui donne sur la rue. On peut y lire : « scierie fermée pour la journée ». Nous sommes le 9 mars et le père M. a donné congé à ses deux aides. Le scieur de bois ne doit pas perdre de temps s’il veut attraper le train à la gare de Canisy en début d’après-midi pour être rendu à Coutances aux alentours de 17 heures. M. tient beaucoup à prendre ce train car c’est celui qui transporte sur un wagon plate-forme spécial, les bois de justice ainsi que l’exécuteur des hautes œuvres accompagné de ses aides. Le père M. sait qu’il ne pourra pas leur adresser la parole mais le simple fait de voyager dans le même train que la machine et ses opérateurs le fascine. Le propriétaire de la petite scierie a pris soin de réserver un chambre dans une auberge de la ville afin d’être prêt demain matin dès deux heures. Il sait qu’ils seront nombreux de Coutances et des environs pour assister au spectacle du 10 mars 1933, certains auront même passé la nuit dehors. Avoir une bonne place avec une bonne visibilité pour ne pas perdre une miette de l’événement exige de se lever tôt, très tôt, et le jeune M. a prévu trois bonnes heures pour marcher jusqu’à la rue de la Verjusière et trouver l’endroit idéal, quitte à jouer un peu des coudes.
Ne sachant que faire en ce début de soirée le jeune M. a décidé de faire un brin de reconnaissance sur le terrain et c’est à pied qu’il se rend jusqu’à la prison pour constater qu’un imposant service d’ordre est déjà en place devant la maison d’arrêt ainsi que dans les rues adjacentes ou des barrages ont été organisés. M. observe avec inquiétude que les cafés regorgent déjà de clients et que les curieux ont déjà pris d’assaut le quartier en quête d’un point de vue. M. se demande s’il ne ferait pas mieux lui aussi de se poster bien en vue de la machine et d’attendre là toute la nuit jusqu’à cinq heures du matin. Mais la chambre est réservée et c’est avec l’inquiétude de ne pas trouver de place au petit matin que M. regagne son auberge pour quelques heures de sommeil.
4 heures. M. n’a pratiquement pas dormi. Il s’est levé une heure plus tôt que prévu et voilà maintenant deux heures qu’il attend au milieu de la foule. Il s’est arrangé, non sans bousculade, pour s’asseoir sur le faîte d’un muret, ce qui lui assure, si personne ne bouge, une vue tout à fait correcte sur le cercle vide au centre duquel trône la guillotine. Le jour se lève.
4 heures et dix minutes. M. distingue très bien, le procureur, le maire, l’avocat d’Emile Delanoë, le juge, le greffier et son commis le secrétaire du sous-préfet et les deux abbés de Coutances pénétrer dans la prison. A leur suite l’exécuteur des hautes œuvres et ses aides.
Emile Delanoë 29 ans, sabotier au Grand-Celland a tué son beau-père, léon Aufray, 68 ans, à coups de bâton le 6 novembre de l’année dernière puis deux jours plus tard, le 9, il est allé, avec l’aide de son épouse, pendre à un arbre sa propre fille Emilienne, 5 ans, témoin gênant de la mort de son grand père.
M. et La foule des voyeurs l’attendent ça n’est plus qu’une question de minutes. Le silence s’est installé.
La porte de la prison s’ouvre. Delanoë apparaît. Il marche vers la machine. M. tend le cou pour mieux voir, il ne veut rien rater. Delanoë a vu la machine. M. pousse doucement un grand échalas qui lui barre la vue. Delanoë est au pied de la bascule. M. se tord dans tous les sens pour mieux voir. Les aides poussent le condamné. La lunette tombe et le mouton s’abat… un coup sourd retenti…La tête roule dans le panier. C’est terminé pour Delanoë. M. et la foule resteront encore un bon moment pour se repaitre de la suite.
Demain, M. sera de retour à la scierie. Il remettra en route la machine à vapeur et la grande scie circulaire débitera les troncs d’arbres. M. est connu de toute la campagne environnante, c’est un professionnel du bois. Certains disent qu’il est un peu fou. Mais il n’a pas son pareil pour débiter les grumes. N’est-ce pas là l’essentiel ?
La peine de mort en France qui existait depuis toujours a été abolie en 1981 par le président de la République François Mitterrand, faisant de la France un des derniers pays de la Communauté européenne à l'abolir.
les exécutions n’ont plus été publiques en France après 1939
Marine Le Pen a proposé le dimanche 20 novembre 2012 un référendum sur le rétablissement de la peine de mort.
Désolé pour ces images : http://www.dailymotion.com/video/xglsmo_double-execution-capitale-guillotine-tonkin-1915_news
Mais le sourire de la dame efface tout n'est-ce pas ?
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| De M. Le Pen à la peine.... |

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