Du père M. au père de M. en passant par Pierre Poujade.
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Du père M. au père de M. en passant par Pierre Poujade, tu le crois pas...
La scierie du père M. était située en bordure du bief de l’ancien moulin. Le bâtiment consistait en une ossature rudimentaire recouverte de clins en bois que des couches successives de carbonyle avaient noirci jusqu’à donner l’impression qu’un départ de feu les avait en partie consumés. A l’odeur entêtante du carbonyle venaient s’adjoindre les parfums mêlés des essences d’arbres que le père M. débitait quasi quotidiennement pour les fermiers du voisinage. A peu près au centre du hangar une grosse machine à vapeur, noire, solidement arrimée sur un socle de béton actionnait une scie circulaire dont la taille imposante effrayait les jeunes visiteurs clandestins dont j’étais. Une fois la locomotive en branle, les troncs les plus impressionnants, solidement maintenus, subissaient la morsure rectiligne de l’imposante circulaire d’acier dentée comme un squale dans un vacarme assourdissant.
Après quelques heures de travail une sciure fraîche et odorante formait une épaisse couche sur le sol et une fine poussière de bois s’immisçait dans les moindres recoins recouvrant tout, n’épargnant rien. Si le père M. et ses hommes de tâche enlevaient régulièrement la sciure au sol, la fine pellicule de bois pulvérisé restait quant à elle en place, séchait doucement. Seules les toiles d’araignées faisaient pour un temps écran aux fines particules mais finissaient inéluctablement par s’effondrer sous le poids de la poudre de bois accumulée, obligeant les épeires à se remettre en chantier pour tendre de nouveaux pièges et assurer leur subsistance. Telle était la scierie du père M. Un enfer assourdissant de feu, d’eau, de vapeur et d’acier au moment des coupes. Un enfer silencieux lorsque le travail ayant cessé, l’armée microscopique des parasites du bois vrillait sourdement bois vif et bois sec minant lentement la charpente et les clins de la vieille scierie aussi sûrement que la grande scie mécanique débitait les troncs en planches et en poteaux.
Après quelques heures de travail une sciure fraîche et odorante formait une épaisse couche sur le sol et une fine poussière de bois s’immisçait dans les moindres recoins recouvrant tout, n’épargnant rien. Si le père M. et ses hommes de tâche enlevaient régulièrement la sciure au sol, la fine pellicule de bois pulvérisé restait quant à elle en place, séchait doucement. Seules les toiles d’araignées faisaient pour un temps écran aux fines particules mais finissaient inéluctablement par s’effondrer sous le poids de la poudre de bois accumulée, obligeant les épeires à se remettre en chantier pour tendre de nouveaux pièges et assurer leur subsistance. Telle était la scierie du père M. Un enfer assourdissant de feu, d’eau, de vapeur et d’acier au moment des coupes. Un enfer silencieux lorsque le travail ayant cessé, l’armée microscopique des parasites du bois vrillait sourdement bois vif et bois sec minant lentement la charpente et les clins de la vieille scierie aussi sûrement que la grande scie mécanique débitait les troncs en planches et en poteaux.
Fin des années cinquante : l’une des façades de la scierie du père M., celle qui donnait sur le chemin du calvaire, comportait une étrange lucarne, borgne, un œil fermé, car on l’avait condamnée de l’intérieur. Mais le volet était resté et il était tentant pour le piéton d’ouvrir subrepticement le petit panneau de bois. D’autant plus tentant que nous savions ce que nous allions découvrir ; nulle vue sur l’intérieur du hangar mais une affiche de campagne électorale de Pierre Poujade qu’on avait collée ici à l’abri du volet. C’est ainsi que chaque fois que nous longions l’entreprise du Père M. nous prenions un malin plaisir à tirer la planche afin de livrer aux yeux de tous le visage de Pierre Poujade. Il fallait faire vite et rester très discret car le père M. ne nous aurait pas épargnés s’il nous avait pris en flagrant délit. Le père M. avait des affinités avec pierre Poujade.
2012. Petites et grosses vrillettes, charançons et capricornes, bien aidés par les promoteurs locaux ont fini par avoir raison de la vieille bâtisse en bois et de son commerce. Le père M. n’est plus, Pierre Poujade lui aussi a disparu. Non loin de là les portraits, au format réglementaire, des candidats à la présidence de la république sont sagement rangés les uns à côté des autres. Parmi ces visages, celui d’une femme blonde, souriante, le visage appuyé sur le dos de ses mains, elle a l’air sympathique.
Une dernière chose sous forme de conseil . Si le père M. n’est plus, si Poujade est mort le père de M., lui, est toujours là, et sa sympathique fille a hérité de son petit commerce qu’elle entend bien faire fructifier.
Flâneur, si tu passes devant une fenêtre borgne ouvre le volet pour voir ce qu’il y a derrière. Flâneur, si tu passes devant le visage avenant d’une femme souriante ; fais le tour pour voir ce qu’il y a derrière.
1: Pierre Poujade :Son mouvement syndical, l'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA), connut un grand succès dans le contexte déprimé et déliquescent de la IVe République, ainsi que dans sa version électorale, l'Union et fraternité française (UFF). Ce qui lui permet d'envoyer 52 députés (2,4 millions de suffrages, soit 11,6 %) à l'Assemblée nationale en 1956 avec une loi électorale qui accordait 70 députés au MRP avec pourtant près de 230 000 voix de moins. Parmi eux se trouvait Jean-Marie Le Pen, qui allait devenir la figure marquante de l'extrême droite en France. Les deux hommes se brouillèrent rapidement ; Jean-Marie Le Pen est exclu de l'UFF et Pierre Poujade refuse jusqu'au bout toute affinité.


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