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dimanche 27 novembre 2011

MARIAGE A LA MODE DE CAEN ou BAD TRIP

MARIAGE A LA MODE DE CAEN ou BAD TRIP
par Sylvain Godard, dimanche 27 novembre 2011, 20:06

A droite de l’entrée de l’église il y a un grand panneau sur lequel les futurs mariés ont réalisé un montage photos et affiché des textes dédiés à l’amour. On y trouve dans un souci louable d’œcuménisme des citations de mère Térésa, de l’abbé Pierre, d’une sourate du Coran et de différents théoriciens de l’amour représentant les grandes religions. Juste en dessous on trouve également la célèbre photo d’Isaac Rabin serrant la main de Yasser Arafat avec, bras écartés, genre Christ rédempteur, Le président Bill Clinton. Cet hymne à l’amour est plutôt sympathique, je me demande tout de même si les jeunes tourtereaux ont pensé au calvaire médiatique et politique de Bill Clinton contraint de faire son acte de contrition mondial pour avoir confondu l’amour divin avec la divine Monika Lewinsky. Le don de sperme avec le don de soi.

La photographe officielle évolue dans l’église comme une séraphine armée d’une batterie d’appareils photo dont les énormes téléobjectifs lui ceinturent la taille. La photographe est tout en jambes avec une chevelure d’ange malheureusement régécolorisée à la poudre de brique rouge. Ce que je prends pour un de ses multiples téléobjectifs se termine par une sorte d’entonnoir en plastique blanc. Ce n’est qu’après avoir pas mal gambergé sur la fonction du truc en plastoc que je m’aperçois qu’il s’agit d’un accessoire chargé de répartir la puissance lumière du flash lors des prises. On n’arrête pas le progrès J’apprécie la souplesse de la séraphine photographe qui non seulement se déplace avec légèreté mais prend toutes sortes de positions ne ménageant pas ses efforts pour étoffer l’iconographie des futurs époux.

Pour l’instant les futurs mariés me tournent le dos. Ils font face à l’autel, au prêtre chargé de leur administrer le sacrement du mariage et a un DJ devant une sono, chargé de diffuser les musiques sacrées et profanes du jour. Plus loin, beaucoup plus loin derrière un Christ en croix et un Saint Paul cubiste sur un chemin de Damas tout aussi cubiste ont l’air de s’ennuyer ferme.

La mariée est corsetée dans une robe blanche grâce à un laçage dorsal. J’imagine un instant une scène d’habillage cocasse ou les dames d’honneur tireraient sur les lacets comme des Irlandais lors d’une compétition de tir à la corde. Côté chevelure, la mariée est noire, d’un noir de jais aussi noir que le nombre d’heures qu’il aura fallu passer chez le coiffeur pour l’obtenir. Du marié je ne vois rien qu’une première rencontre entre un homme et un costume. Découverte assurément pénible pour l’un comme pour l’autre.

Le curé officie. Les prières peu nombreuses alternent avec les textes sur l’amour fort judicieusement choisis par les impétrants en ce jour de bonheur. Je m’aperçois que musique profane et musique sacrée se rejoignent et que Céline Dion serait bonne sœur qu’on n’y verrait que du feu. Le DJ est super et il sait sur quel bouton appuyer, c’est vraiment parfait comme mariage.

L’homélie générique du curé passe quasiment inaperçue vu que nul n’écoute. Je note au passage le phrasé faussement éthéré de l’homme de Dieu. Et les énoncés complétement éculés à force d’être réitérés. L’assemblée des infidèles commence à s’impatienter et j’en sais certains qui, s’ils n’entendent pas la voix de la Sainte vierge comme Bernadette, commencent à avoir des visions de vin d’honneur, de champagne et de petits fours.

Le curé se décide enfin à laisser la place à un laïc. Il s’agit d’un jeune homme. Un proche du marié qui se précipite sur le micro comme un animateur de télévision. Il fait un discours qui est à l’opposé de l’homélie du pauvre curé qui lève les yeux au ciel cherchant sans doute un signe de dieu ou plus simplement une facétie divine qui consisterait à couper l’électricité et donc la chique au jeune orateur. Mais apparemment dieu a décidé de laisser faire et l’animateur Télé sévit encore un bon moment enchaînant les anecdotes les plus incongrues au sujet des mariés qui s’esclaffent avec une bonne partie de l’assemblée devenue un studio de télévision pour une émission animée par notre Nagui national. Seuls, le Christ, Saint Paul et le prêtre restent de marbre. La rouquine photographe clappe du Nikon comme une malade car rien ne doit être oublié de cette mémorable journée.

Soudain le curé se relève ordonnant à tous de se lever et prononce un « ite misa est deo gratias » qui n’aurait que fort peu de chance de donner le signal du départ s’il n’était traduit en français par un allez dans la paix du seigneur rendons grâce à Dieu.

Les petits enfants agitent les paniers d’osier destinés à la quête. Trop tard, l’assemblée gagne déjà la sortie et le parvis ou stationne une Porche métallisée avec un panneau « JUST MARRIED » qui curieusement consacre l’union de l’Allemagne et de l’Angleterre éternelles en même temps que celle de nos tourtereaux normands.

A l’entrée du manoir ou se tient le « vin d’honneur »( source d’hallucinations depuis maintenant trois bonnes heures) trône une espèce de pièce montée faite de pommes fraîches peintes en blanc placée avec un gout exquis dans un bosquet de branches sans feuilles elles aussi peintes en blanc, le tout devant un gigantesque autel recouvert de papier blanc et de décorations sur le thème d’ Halloween.

Je découvre pour la première fois le couple de face. La mariée porte un masque de fond de teint en parfaite harmonie avec Halloween. Félicitations et tous nos veux de bonheur.

Une boite à chaussure artistiquement décorée dans le thème de la journée (Halloween in Normandy) et pourvue d’une fente dans la partie supérieure attend silencieusement l’obole de chacun des invités.

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