PROSE DE L’AUTOROUTE (DEUXIÈME DÉCLINAISON DES UNIVERS PLATS ALLONGES)
par Sylvain Godard, dimanche 20 novembre 2011, 16:20
Un mur de bulldozers, lancés au même moment, éventre bois, forêts et champs. Rien ne doit résister à leurs pelles concaves. Tout sera arraché, éjecté, raclé, fouraillé, violé. Le trait de crayon sur la carte des ingénieurs deviendra, cette large plaie béante aux couleurs des entrailles révulsées de la terre. Faune et flore mourront, écrasés, décimés, les plus chanceux fuiront le carnage. Reptiles, batraciens, insectes rares, oiseaux de jour et de nuit, petits et grands mammifères iront traîner ce que leur reste de vie dans les remblais de part et d’autre de la tranchée des hommes. Rien de commun avec l’énorme météorite qui, dit-on, provoqua la fin des dinosaures mais un avant-goût inquiétant de tout ce que l’homme est capable de détruire au nom de la locomotion à grande vitesse. Qu’il s’agisse d’autoroutes ou de voies ferroviaires dernier cri. Jusqu’où serons-nous capables d’aller dans le sacrifice des espèces et donc de l’espèce sur l’autel du toujours-plus-vite, du TGV, notre totem phallique national ?
Une succession d’opérations de convalescence suivra la sauvage éventration du début. Tout d’abord on cautérisera la saignée, au goudron brûlant, on passera les drains, avant de recouvrir le tout d’un épais revêtement imperméable sur des centaines de kilomètres. Enfin on isolera complétement l’espace de l’univers autoroutier de clôtures directement inspirées des murs de la honte. Ménageant çà et là des passages souterrains pour batraciens en rut et aériens pour promeneurs du dimanche et candidats au suicide.
Une commission des noms sera constituée pour renommer les lieux ; son travail consistera à effacer toute mémoire de l’ancienne toponymie (A la manière dont les régimes totalitaires gomment le passé lorsqu’il n’a pas l’heur de leur plaire). Resteront quelques gimmicks à tonalité pseudo vernaculaire réputés faciles à mémoriser par des usagers pressés lancés à pleine vitesse vers la neige ou le soleil.
L’épais ruban d’asphalte sera baptisé A 6. Ou A13, ou A n’importe quel chiffre. Le « A » faisant foi. Cachet apposé par les autorités pour certifier la voie rapide. Au monde des sigles les A sont rois comme l’attestent les trois « A » dans le domaine de la finance. Vive les « A » et le TGV. A bas et à bas le reste de l’alphabet. CQFD.
L’interminable tapis déroulé on y placera, à intervalles réguliers, des avatars de hameaux, décors artificiels de cinéma, pâles imitations mercantiles d’autres villages à jamais oubliés qu’on laissera agoniser quelques kilomètres plus loin à l’arrière des lignes du front autoroutier. Il ne restera plus q’ une « motorway line » alternant les « Buffalo Grill », les « all chicken », les « Burger King ». Rue des Cow Boys ».
Le cahier des charges de la toute nouvelle nomenclature prévoira qu’on associe le nom d’un marchant ou d’une grande marque connue au nom d’un lieu devenu fantôme, ça donnera des choses comme : « Leclerc-Achères-la-Forêt Ouest » ou « Total relais de la Salle » et sortie 38 l’énigmatique : « relais de la Motte du triangle de Rocancourt » sur l’A 13. L’imagination débordante de la commission des noms fera aussi de géniales découvertes comme : « l’Aire des bois impériaux », qu’elle classe ! Ou encore : « L’Aire du Gai Rossignol » et pourquoi pas celle du « Merle Noir » avec carburant, épicerie, et toilettes nettoyées après chaque passage.
Les exploitants de l’autoroute, citoyens avant tout, et donc soucieux d’apporter leur concours à l’inventaire et à la connaissance des richesses nationales apposeront sur la droite des voies de grandes pancartes arborant un espéranto iconographique d’une monosémie désespérante pour signaler aux usagers pressés les curiosités patrimoniales des régions traversées , que les petits bolides en quête d’œufs à la neige ou de petit carrés de sable chaud ne verront bien sûr jamais ou trop tard. Ça donnera ( parce que les noms se mélangent dans la tête avec la vitesse) : « Châteaux et Abbayes », « Nonnes et Moines 17 et 18 ème », « archiducs, aqueducs et archiduchesses » idem pour la gastronomie : « A Morteau la saucisse ne se retire pas», « A Montélimar donne-moi du nougat » « A Beaune vin et hospice» spécialités qu’ils ne dégusteront jamais, car il ne leur sera proposé dans les rayonnages des boutiques autoroutières que des ersatz fabriqués à partir d’ingrédients issus de divers pays de la communauté Européenne.
Les jours de chassé-croisé L’autoroute débordera jusqu’à la nausée. « Dans 250 mètres prenez-la sortie de l’aire du Petit Bois de Trousse Chemise ». Au début ça sentira l’essence et le gasoil, ensuite le graillon, et enfin le pipi chaud dans les toilettes nettoyées après chaque passage. Vous y verrez des gens déboussolés, titubant dans leurs moon boots comme Neil Amstrong en train de faire ses premiers sur la lune, d’autres en T-shirt collector imprimé « C’est Shell que j’aime » offert gratuitement avec un lot de préservatifs lubrifiés à la station d’avant. Vous y verrez six jeunes en tongues sous une galerie de kayacs coque en l’air. Des vieux à la descente d’un autocar « Senior.voyages A6.com » de retour de Lourdes mais souffrant toujours d’énurésie. Vous n'y verrez donc pas la Sainte vierge mais la statue des chevaliers cathares en forme de bunkers du mur de l'Atlantique, surprenante conclusion du 1% culturel chantée/raillée par Cabrel . Vous y verrez des employés l’air fatigué et hagard passer la toile entre sanitaires et self restaurant pour la énième fois depuis le début de leur service. Vous entendrez les sonneries des caisses enregistreuses tenues par des caissiers et caissières affublés d’uniformes ridicules et humiliants pressés d’en finir et de retrouver leur village à l’agonie à quelques kilomètres de là.
Mais c’est dans les toilettes de l’autoroute que vous retrouverez Harry votre ancien compagnon de lycée. C’est dans les toilettes de l’autoroute que commencera pour vous une nouvelle vie et que vous déciderez de passer à l’acte(1).
(1) Harry un ami qui vous veut du bien.
Date de sortie : Mercredi 9 août 2000
Thriller de Dominik Moll avec Sergi López, Lorena Caminita, Laurie Caminita, Victoire de Koster, Michel Fau, Dominique Rozan, Liliane Rovère, Sophie Guillemin, Mathilde Seigner, Sergi Lopez, Laurent Lucas.
http://www.youtube.com/watch?v=wWL-4Hiya5E&feature=related ( Chevaliers cathares . Cabrel.)
La fausse-bonne idée: le droit de pétition
-
Le Président de l’Assemblée Nationale française, Richard Ferrand a adressé
aux députés français un courrier de quelques feuillets immédiatement rendu
publi...
Il y a 7 ans

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
N’hésitez pas à faire part de vos commentaires. Merci.