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lundi 9 avril 2012

DEAD (POET) SOCIETY




Histoire vraie édifiante.

Torquemada
J’observe la quarantaine de gamins qui se trouvent devant moi. C’est jour de rentrée pour les pensionnaires du lycée P et M.C. Je suis leur surveillant. Peu de choses ont changé depuis l’époque où je faisais ma rentrée comme élève pensionnaire au lycée du chasseur d’étoiles dans la même ville. J’ai juste changé de place je suis passé du parterre à l’estrade sur laquelle je suis aujourd’hui perché comme un oiseau de proie prêt à fondre sur les malheureux bavards, oisifs, rêveurs, et tous ceux qui d’une manière ou d’une autre baissent la tête pour mieux la relever. Triste besogne.

Je parcours du regard la petite troupe plutôt groguie en ce jour de rentrée. Etat de grâce ou état d’apathie, tous font silence dans cet entre deux entre liberté et prison. Je suis geôlier. Je suis leur Geôlier. Chaque élève s’est vu affublé par sa tribu des accessoires et des symboles vestimentaires de la catégorie sociale à laquelle on voudrait qu’il appartienne. Il convient de figurer. Tout fait signe.  Stylos quatre couleurs, stylos plume, cartables cuirs, vestes et pantalons fantaisie, chaussures neuves. Ça sent le neuf, le cuir, le nouveau, Ça pue le paraître, le semblant. Rien n’a changé.

Cage de torture
L’un des élèves retient mon attention. De petite taille, le physique sinon ingrat en tous les cas différent de celui de ses voisins il porte une veste noire que je prends tout d’abord pour une veste de cuir ; mais le vêtement, tout neuf, trop brillant, ne fait que très brièvement illusion, le gamin porte une veste noire d’encre, proche de la bâche plastique qui recouvre les silos d’ensilage des fermes du voisinage , un assemblage de matières synthétiques issues d’hydrocarbures gluants solidifiés grâce au génie chimique et baptisés «  simili cuir ».

Lecacheur, a répondu présent lorsque j’ai fait l’appel. Le gamin-à-la-veste-en-simili-cuir s’appelle  bien Lecacheur. Maintenant tout va très vite. L’étude se termine et c’est l’heure de se rendre au dortoir. Chacun range son armoire, fait son lit. Ensuite c’est la toilette dans les lavabos communs. Rien n’a changé entre les années soixante et les années soixante-dix. Lecacheur range ses effets personnels fait son lit et passe aux lavabos comme les autres  J’ai oublié Lecacheur. Mais pas pour très longtemps.

Louis XI
Hurlements et cris m’arrachent à ma cellule située à l’entrée du dortoir. Je me précipite. Lecacheur git sur le tressage d’acier de son lit débarrassé de son matelas. Lecacheur est recroquevillé sur lui-même. tout nu. position de survie. Il sanglote. Ses petits camarades ont pris soin de retourner un autre lit de fer sur le sien pour reconstituer ainsi une cage de fer et l’empêcher de fuir. Lecacheur est couvert par les crachats de ses tortionnaires.. Lecacheur pleure.

Ses petits camarades ont retrouvé, d’instinct, les fillettes de Louis XI,  les cages de Torquemada, les tortures perpétrées par les nazis. Ses petits camarades ont renoué sans difficulté avec l’immonde, la cruauté. La barbarie. Jamais très loin tout cela... Vigilance !

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