A la chanterelle, à la bonne chanterelle !
« J’aime les nuages…les nuages qui passent…là-bas…les merveilleux nuages ! » écrivait Charles Baudelaire en 1869. Il faut, en effet, savoir observer les nuages, les nuages qui passent, les merveilleux nuages. Observer les nuages fut et reste l’affaire des poètes et des rêveurs mais c’est devenu aussi celle des météorologues et des spécialistes des rayons ionisants dans un monde technologiquement médiatisé, ou si vous préférez et en termes moins raffinés, un monde ou un ciel radioactif peut vous tomber sur le ciboulot sans crier gare parce qu’un réacteur nucléaire à l’autre bout du monde ( mais ça pourrait arriver aussi près de chez vous) se liquéfie d’un coup.. Le 26 avril 1986 la centrale de Tchernobyl explose et libère un immense nuage radioactif qui va balayer toute l’Europe. Pierre Pellerin, le patron du Service central de protection contre les rayons ionisants aime, comme Baudelaire, les nuages, les merveilleux nuages. En revanche son expertise devrait l’inciter à penser que des nuages radioactifs promenant sur la France leurs merveilleuses volutes saturées de mort sournoise cela n’est pas une bonne chose. Mais voilà Pierre aime son pays, la France, l’hexagone, la patrie des gaulois pourtant si méfiants à l’égard du ciel. Alors il se dit et déclare tout de go que le nuage, le dangereux nuage, s’est arrêté à la frontière et qu’il «
ne menace actuellement personne sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l’usine ( des Biélorusses !) et encore… La santé n’est absolument pas menacée aujourd’hui ». Brave Dr Pellerin qui aime tant son pays qu’il cherche par tous les moyens, y compris la « tromperie aggravée » les anglais moins sévères diraient le « White lie », à nous épargner une grosse frayeur ( mais pas de futurs cancers de la thyroïde) ; cela vaut bien la relaxe du 31 mars 2011 dernier. A 88 ans on devrait même lui remettre la légion d’honneur au vieil homme pour service rendu à la patrie (mais peut-être est-ce déjà fait). Quand on pense qu’il a failli être radié, pauvre homme.
Les années passent, d’autres réacteurs nucléaires font des champignons, une crise en cache une autre, le commerce continue, la routine quoi. Heureusement « les trois mousquetaires de la distribution » sont là et luttent infatigablement contre la vie chère. C’est ainsi que vendredi dernier je pousse mon caddie dans la maison des trois « Robins des bois ». Les portes automatiques du super marché s’ouvrent comme le rideau d’un théâtre sur un merveilleux étal de cagettes bourrées de girolles replètes d’un jaune particulièrement avenant. J’arrête immédiatement ma poussette en ferraille marquée aux armes de trois compères et je me mets à l’affut comme tout consommateur averti face au parterre de cagettes. 9 euros et cinquante centimes pour un kilogramme de Chanterelles. «
Nos champi, nos champipi, nos champignons. Non à la vie chère ! ». s’écrirent une fois encore les infatigables Mousquetaires .
«
En cas de pollution radioactive, le champignon constitue un aliment à risques. Contraint de puiser ses nutriments dans le sol, il a développé une forte capacité d’extraction, et s’est doté de systèmes enzymatiques performants. Le champignon est capable d’extraire les éléments radioactifs présents dans son substrat. Et en plus il les accumule grâce à un métabolisme assez lent.. » en voix off...
Pris d’un doute je consulte immédiatement la mini étiquette discrètement apposée sur le côté des cagettes et là je lis « ORIGINE BIELORUSSIE ». Biélorussie, Tchernobyl, mon sang ne fait qu’un tour. Les ancêtres de ces champignons ou plutôt leur substrat intergénérationnel a connu le nuage et sa cargaison de césium. Le mycélium de ces jolies chanterelles est susceptible d’en contenir plus de 30%.
Merci les Mousquetaires. Vous pouvez vous les garder vos chanterelles. C’est bien, dans une économie libérale, de casser les prix pour en faire profiter les plus défavorisés, mais d’ici à les empoisonner …
Aux caisses, pas de cagettes biélorusses ce qui prouve que les consommateurs français ne sont, en apparence, pas si fâchés que cela avec la géographie et avec l’histoire récente. Encore que…
NB :
La cour d'appel de Paris a prononcé mercredi dernier un non-lieu à l'encontre du Professeur Pellerin estimant qu'il ne pouvait en tant que scientifique mettre en évidence aucune conséquence sanitaire mesurable au moment des faits.
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