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dimanche 30 octobre 2011

De « Diên Biên Phu » à « La Place des Aviateurs », une histoire de substrat.

par Sylvain Godard, dimanche 30 octobre 2011, 11:34 - Un "Français" qui pense autrement que ...

« J’aurais préféré que cette petite fille porte un prénom français C'est mon côté patriote, et je pense que beaucoup de Français pensent la même chose que moi » (Marine Le Pen)

A l’angle de la rue des Sports et de la place des Aviateurs le père P. vivait au milieu d’une mini jungle d’une centaine de mètres carrés. On ne distinguait sa maisonnette qu’en hiver car il avait pris soin de ceindre son refuge d’arbres et de bosquets feuillus d’une hauteur suffisante pour cacher la cabane dont on ne soupçonnait que le toit entre deux branches d’arbres les jours de grand vent. Avec juillet les vacances arrivaient et nous nous postions en sentinelle à proximité du carré arboré dans l’attente de Man Long, Tu Lan et Man Cho les petits enfants du père P.. Mademoiselle P. s’était mariée à un vietnamien, petit homme sympathique et toujours souriant, dont elle avait eu trois enfants dont Man Long mon copain de vacances. La famille vivait à Paris ou dans la région parisienne et venait rejoindre le grand père pour les mois du congé d’été au sein du bosquet de la Place des Aviateurs. Les parents de Tu Lan, Man cho et Man Long étaient des gens très modestes. Je me souviens que leur seul moyen de locomotion était la moto du père. La mère voyageait par le train avec l’enfant le plus jeune, Man Cho, tandis que le père faisait la route depuis Paris à moto. Man long sur un siège devant le pilote et Tu Lan derrière sur le porte bagage. A l’époque la chose était possible, les forces, dites de l’ordre, n’avaient pas encore envahi les nationales et les départementales du pays Le trio pouvait faire la route sans encombre et rejoindre l’abri du grand père où l’attendait notre comité d’accueil. L’arrivée du deux roues pétaradant fut pendant plusieurs années le signal du début de nos vraies vacances. De jeux partagés dans les dunes ou sur la plage toutes proches. Mais nous n’avions que quelques instants pour saluer l’arrivée des enfants qui disparaissaient aussitôt happés, par la mère, dans le mini bois du grand-père. Jamais nous n’étions autorisés à pénétrer au-delà de la barrière en fil de fer qui barrait l’entrée du refuge. Et ce n’est que bien plus tard que nous pûmes enfin visiter la villégiature feuillue de nos copains. Chaque jour c’était le même cérémonial. Posté dans la rue, face au bouquet d’arbres, je criais le nom de mon ami jusqu’à ce qu’il se présente ou que la voix de l’ex Mademoiselle P. ne m’invite à patienter quelques instants ; des instants qui me paraissaient des heures. . Le grand-père était déjà parti au « jardin », un grand champ à l’entrée du village, là où le sable des dunes se mélange à la terre pour donner ce substrat idéal à la culture des carottes et autres légumes que le père P. vendait sur les marchés des environs. La maman restait avec Tu Lan qui était encore trop petite pour partager nos jeux. Quant à nous nous partions à la conquête des dunes dans les méandres desquelles, nous livrions de mémorables batailles de plusieurs jours contre la bande rivale. Le couple franco-vietnamien formé par Man Long et moi-même affrontait ainsi régulièrement l’armée commandée par un jeune Franco- Italien, fils d’un maçon du village, et qui avait l’immense avantage d’une parfaite connaissance du terrain puisqu’il vivait là toute l’année. C’était un remake de Diên Biên Phu au milieu des dunes avec la différence que français et Vietnamiens livraient combat ensemble contre un général italien d’une fourberie sans égale. Un jour, alors que nous avions grandi et que fatigués de nos jeux d’enfant nous faisions l’expérience de l’ennui qui marque le début de l’âge adulte se produisit l’impensable. Man Long et Tu Lan m’invitèrent, avec l’accord de leur mère, à boire un verre d’eau dans l’antre du père P.. Une fois la barrière en barbelés franchie, je découvris un dédale de petites allées qui menait, si l’on prenait la bonne sente, au toit sous lequel mes amis franco Vietnamiens passaient leurs vacances depuis toutes ces années. Le père P. avait construit là un curieux abri qui tenait à la fois de la cabane de bidonville et de la pagode bouddhiste. Les matériaux, du carton et du papier enduits de généreuses couches de goudron associés à une quantité non négligeable de tôle ondulée avaient été agencés avec ingéniosité en petites niches destinées au manger, au dormir et au reste. La plupart des pièces ne permettaient pas qu’on s’y tienne debout en particulier les « chambres ». Il n’y avait bien sûr ni chauffage ni électricité. Le strict minimum. Quelques chinoiseries et une pompe ornaient le minuscule jardin. Le père P. avait reconstitué en miniature le Vietnam dans lequel il avait sans doute vécu jusqu’au départ des Français après la deuxième guerre mondiale. Il accueillait dans ce pauvre décor sa fille, son gendre Vietnamien et ses petits-enfants chaque été. Je n’ai jamais su ce qu’avait été la vie du père P. avant qu’il ne vienne échouer à quelques mètres de la mer dans cet improbable buisson. Je ne sais pas non plus ce que sont devenus Man Long, Tu Lan et Man Sho, leur père Vietnamien et leur mère normande. Je sais qu’il y a déjà plusieurs années un bulldozer eut raison en quelques minutes de ce petit univers. Mes quelques promenades me mènent régulièrement du côté de la Place des Aviateurs où se trouve désormais une jolie villa blanche comme la neige.



Texte dédié à Tu Lan, Man Long, Man Sho , à leurs parents, au père P. et à Thierry l’italien avec lesquels j'ai partagé et je partage cet endroit, ce jardin, où se mélangent le sable des dunes et la terre pour un substrat idéal n'en déplaise à Marine …

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