A l’angle de la rue Saint Pierre et de la rue Froide se tient l’église Saint Sauveur, anciennement Notre Dame de rue Froide. L’église à la particularité d’avoir deux nefs contiguës ; vus du ciel on distingue très bien les deux toits comme les coques d’un catamaran renversé avec à califourchon sur la toiture de gauche (côté rue Froide) un élégant clocher ouvragé. L’édifice possède également une autre particularité ; celle d’être accolé à un très ancien bloc d’immeubles d’habitation qui donne pour partie sur la rue de la Monnaie. Église et habitations se confondent tant et si bien que côté rue Froide, le promeneur en direction de la rue Saint Sauveur passe de l’entrée de l’église aux vitrines des boutiques sans rupture architecturale. Du sacré au profane sans autre cérémonial qu’une simple différence d’appareil dans l’agencement des pierres de façade.
Dans les années soixante-dix, tout comme aujourd’hui d'ailleurs, le bloc d’immeubles qui jouxte l’église se compose d’appartements, pour la plupart sombres et humides, auxquels on accède par de couloirs crasseux et par des escaliers à spirale taillés dans la pierre de Caen dont les marches creusées et polies par l’usure des siècles demandent toute la vigilance du visiteur pour ne pas trébucher. Dans ces appartements, au demeurant fort inconfortables, vit à l'époque, une population modeste dont quelques étudiants. La rue froide et la place Saint-Sauveur font partie des quelques quartiers qui échappèrent aux bombardements de juillet 1944.
Dans les années soixante-dix on passe facilement de la cuisine d’un des appartements au toit de l’église dont le chéneau du toit en double coque offre un magnifique et très discret terrain de jeu à quelques joyeux étudiants en mal de sensations originales. L’idée de courir les toits pour s’y livrer à des activités assez peu catholiques et très éloignées des pratiques de prière des paroissiens réunis quelques mètres plus bas ne manque pas de piquant.
Dans les années soixante-dix, le très catholique Général Francisco Paulino Hermenegildon Téodulo Franco y Bahamonde vit ses dernières années en continuant à faire exécuter au lacet les opposants au régime éponyme.
Un jour des années soixante-dix, alertés par l'imminence d’exécutions capitales dans l’Espagne du pieux Général, nous passons de la cuisine au toit de l’église. Mais cette fois foin de jeux estudiantins. En plein jour, nous déclenchons le tocsin et déployons une banderole dénonçant les exécutions imminentes en Espagne. Dans la rue les passants s’arrêtent interloqués et lèvent la tête. Dans l’église Les fidèles en prière paniquent. Le curé s’agite. Les CRS rappliquent. Le tocsin continue de sonner la mort. Las, on a perdu les clefs du mécanisme électrique des cloches.
Quelques minutes plus tard, le tocsin, enfin stoppé, nous redescendons du toit, cette fois par un escalier "officiel". Nous gagnons en procession le fourgon de police entre deux rangs de « moines soldats » porteurs de l’écusson des Compagnies Républicaines de Sécurité et de goupillons en forme de matraques noires. Nous ne subirons aucune violence. Les autorités françaises se contentant de vérifier l'identité des sonneurs de tocsin avant de les relâcher.
Franco meurt le 20 novembre 1975 à Madrid. Dernière exécution en Espagne ; septembre 1975. Abolition définitive de la peine de mort le 28 novembre 1995.
précision de A.L. : A droite, l'immeuble à partir duquel le haut du mur fut envahi par une partie des manifestants, les autres ayant tout simplement pris l'escalier depuis la sacristie. Combien étions nous ? Une douzaine ? Et autant de flics une demie heure plus tard
En France la dernière exécution aura lieu en 1977. L’abolition sera prononcée en septembre 1981.
La fausse-bonne idée: le droit de pétition
-
Le Président de l’Assemblée Nationale française, Richard Ferrand a adressé
aux députés français un courrier de quelques feuillets immédiatement rendu
publi...
Il y a 7 ans


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
N’hésitez pas à faire part de vos commentaires. Merci.