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samedi 30 juillet 2011

PLUME ESTIVALE ou DU PSITTACISME FERMIER

On le sait, le sort des poulets d’élevage intensif est peu enviable. Placés dès leur naissance dans des bâtiments d’élevage sombres et surpeuplés, moins d’une feuille A4 par poulet, les poulets sont sujets à des problèmes de locomotion ainsi qu’à des problèmes cardiovasculaires et respiratoires. Des millions de poulets meurent du syndrome de mort subite chaque année.
Cette situation n’est pas nouvelle et perdure depuis des décennies en dépit d’une amélioration du sort et de la vie quotidienne des poulets due aux associations de protection du poulet dont l’infatigable combat pour l’amélioration des conditions de vie des gallinacées s’est tout de même traduit par un surcroit de confort pour les pauvres oiseaux sans ailes.
Pourtant, qu’il soit labellisé « plein air » « fermier » ou qu’il vienne de l’élevage intensif le destin du poulet reste le même : la mort. Le poulet finira quoi qu’il arrive sur nos tables. Et l’accompagnement, basquaise, vallée d’auge ou curry n’y fera rien. La finalité du poulet est de mourir pour le bien de l’humanité.
Laissez-moi vous conter ici une anecdote hautement pédagogique à propos du poulet. En l’occurrence, du poulet fermier.
Nous sommes en 1970, je peux même dire la date avec une grande précision. Nous sommes le 12 Novembre 1970. Mon ami Patrick et moi-même avons été chargés par la mère de ce dernier d’aller prendre livraison d’un poulet joyeusement élevé « aux champs » dans une ferme isolée du petit village où nous vivons.
Rendez-vous a été pris pour que le poulet soit prêt dès notre arrivée. C’est-à-dire plumé, de belle couleur et soigneusement enveloppé dans un linceul en papier journal aux armes de Ouest France ou de la Manche Libre (la Manche libre étant plus « résistant » que Ouest France). Les viscères précieusement ramassées dans un petit sac canope en plastique pour être livrées avec la bête.
La ferme où nous nous rendons est d’une grande rusticité comme il en existe encore du côté de chez nous dans les années soixante-dix. La pièce à vivre est sombre avec une grande cheminée ceinte en haut d’une petite étagère recouverte de toile cirée. Le mobilier, grande table de chêne, buffet à quatre portes et bucher pour le bois est rudimentaire.
Devant la cheminée un homme sans âge, accouvé dans son antique fauteuil paillé, tente de faire repartir un feu de branches de pommier à l’aide du tisonnier. L’homme semble dans un état de totale sidération. Il ne nous regarde même pas fixant la braise de l’âtre qui peine à faire repartir le feu qui pourrait réchauffer cette triste et morne journée de novembre. Mais le cœur n’y est pas.
Mon camarade Patrick et moi-même restons plantés là, debout, silencieux, osant à peine échanger un coup d’œil complice. L’homme tisonne et active le soufflet. Le poulet n’est toujours pas là. Lorsque soudain; répétée plusieurs fois sur le mode dramatique. C’est la phrase ; celle de la télévision. C’est juste qu’il lui manque son pendant Pompidolien, le fameux : « la France est veuve ». L’homme du feu qui s’éteint se contente d’un triple : « le Général de Gaulle est mort ». Chacun des énoncés étant suivi d’un long temps d’évocation silencieux.
A La troisième lamentation l’accorte fermière amène enfin dans ses bras le poulet dans son suaire journalistique dont le gros titre annonce. « Le général de Gaulle est mort, le 9 Novembre 1970 à 19h23 à La Boisserie ».


Les journaux de l'époque ne servent pas uniquement à emballer les poulets:

En novembre 1970, l'hebdo Hara-Kiri sort avec pour couverture : « Bal tragique à Colombey : 1 mort » suite à la mort du général de Gaulle.

Ce choix de titre faisait référence à un fait divers du 1er novembre de la même année : l'incendie d'un dancing, le « Cinq-Sept », à Saint-Laurent-du-Pont (Isère) où 146 personnes moururent. Ce fait divers avait été la semaine précédente rebattu par une presse plus préoccupée de spectacle que d'information. Elle employait unanimement le terme de « bal tragique » repris de façon parodique par Hara-Kiri.

Une rumeur veut que le ministre de l'Intérieur de l'époque, Raymond Marcellin, ait alors interdit la parution du journal le 17 novembre. Une autre, plus sceptique sur les délais de réaction réels des ministères, veut que la procédure d'interdiction, déjà en cours, ait simplement abouti par coïncidence cette semaine-là1.

source :http://fr.wikipedia.org/wiki/Hara-Kiri_(journal).

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