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mercredi 13 juillet 2011

ET FUGA VERTERUNT ANGLI

Scène finale – les détrousseurs.

Jack
Celui que l’étoile annonçait est arrivé
Maurice.
Il vient défaire ce que nous avons fait
Jack.
Qu’est-ce que tu chantes. Occupe-toi de ceux qui sont encore tièdes. Ça glisse tout seul. Tu les dépiautes d’un coup par la tête comme des poissons. Et encore un beau manteau d’écailles de fer.
Maurice.
A qui vas-tu les vendre.
Jack.
On verra plus tard. J’investis.
Maurice.
Attention. On vient. Tu sais ce qu’on risque. Ils n’aiment pas qu’on charogne leurs copains. Tuer ça les gêne pas. Mais les cadavres. Miaou. Miaou. Font des chichis.
Jack.
Comment t’est arrivé jusqu’ici. Toi. T’es pas anglais.
Maurice.
Il y a aussi des morts normands. Moi je suis les batailles. Je n’en suis pas. J’arrive pour l’épilogue. Le pillage. Les femmes. Les bonnes affaires. Les cadeaux pour mes vielles tantes.
Jack.
Comment t’as fait pour t’embarquer.
Maurice.
Je me suis présenté pour les chevaux. Pour leur parler à l’oreille. Pendant la traversée. J’ai le don.

Jack.

Qu’est-ce que tu leur dis.
Maurice
Des bêtises. Très douces. Je les complimente. Ils comprennent.

*Jack.

Alors tu vas t’établir par ici maintenant. On est frères. Normands. Anglais. Tout pareil.
Maurice.
Ça. Je demande à voir. Une bataille c’est pas un mariage. Y’a du sang tout pareil dans les draps comme sur la terre.
Jack.
C’est bien ce que je dis. C’est pareil. Viens chez nous. A Penvensey. J’ai une jeune sœur.
Maurice.
Comment qu’elle est ta sœur.
Jack.

C’est une femme.
Maurice.
Elle est anglaise.

Jack.

Non. Elle est turque. Vous posez toujours des questions stupides comme ça en Normandie.
Maurice.
Non. Ce sont des questions normandes.
Jack.
Vous ne pourriez pas rester à vous poser vos questions normandes en normandie.
Maurice.
Non. Nous aimons aller les poser loin.
Jack.
Quelle était la question de Guillaume.
Maurice.
Je ne sais pas.
Jack.
Quelle est la question qui oblige de faire passer la mer à des milliers d’hommes et de bêtes et d’en tuer autant.
Maurice.
C’est pas une question pour nous. Heureusement ils ne sont pas nombreux ceux qui la posent.
Jack.
Ils sont le nombre qu’il faut.
Maurice.
Ça commence à puer.


Fin

Adaptation pour le théâtre de la scène finale du " Conquérant " d'Alain Hervé, avec l'autorisation de l'auteur et de l'éditeur Lattès.
Adaptation par Sylvain Godard

Alain HERVE‎
‎Le Conquérant.‎
‎Jean Claude Lattès, Paris, 1987.

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