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samedi 9 juillet 2011

ET DIRE QU'IL FAUT RENTRER A PARIS MAINTENANT ! ( 1)

Il y avait déjà deux bonnes heures que Grabinoulor dînait en compagnie de trois de ses compères lorsque la femme de la table qui jouxtait la leur se leva l'air harassé il faut dire qu'on avait beaucoup lu et dîné la femme au physique ingrat avait tenté de se donner une contenance en lisant elle-même quelques lignes d'un texte dont Grabinoulor n'avait malheureusement pas saisi tous les mots ce qui l'avait laissé sur sa faim, un comble pour un dîner Grabinoulor 126 ème du nom fort heureusement Grabinoulor qui n'avait pas la prétention d'avoir lu tous les livres savait aussi se contenter de bribes même dites par une chair triste Grabinoulor se souvenait bien que le texte de la dame à la chair triste se terminait par « car il s'aperçut que sa verge était devenue une matraque » et il se demanda légitimement quel rapport il pouvait bien y avoir entre la triste lectrice et cette dernière phrase entre une verge et une matraque il pensa même dans un vagabondage d'esprit qu'il avait affaire avec cette diseuse à une « vierge patraque » mais cette pensée sans réelle logique autre qu'un tropisme n'affectant que le signifiant phonique pour laisser le signifié à peu près indemne ne fit qu'effleurer son esprit une question néanmoins le tarabustait pouvait-on appeler cette phrase « dernière » puisque le texte de la dame ne comportait aucune ponctuation et surtout pas de point encore moins de point final Grabinoulor pensa qu'il s'agissait sans doute de la dernière phrase puisque c'est après cette phrase que la femme triste s'était définitivement tue et avait repris sa place à la table pour retomber dans une espèce de léthargie digestive Grabinoulor se prit à penser que les autres convives du farinier en dehors de ses trois compères n'avaient rien à envier en matière d'étrangeté à la dame à la chair très triste Il y avait là des individus solitaires et d'autres qui étaient en couple l 'individu seul à sa droite ne mangeait pas de fromage pour des raisons de santé pas plus qu'il ne buvait de vin pour des raisons que Grabinoulor ne put investiguer l'individu mangeait peu et semblait écouter beaucoup il n'entra qu'une seule fois en contact phatique et conatif voir légèrement référentiel avec l'amie de Grabinoulor qui dînait à sa gauche d'autres individus essentiellement du genre féminin portaient d'étranges tenues qui dataient d'au moins trois ou quatre décennies. Plusieurs de ces femmes s'étaient succédées au microphone qui trônait seul à l'extrémité du farinier ainsi que quelques hommes beaucoup moins nombreux vêtus de liquettes d'un vert très pâle qui les faisaient ressembler à des frères jumeaux qu'on aurait voulu habiller de manière identique pour tromper insidieusement les gens comme cela se passe souvent dans les fratries gémellaires Grabinoulor ne gardait des autres couples qu'un souvenir plutôt vague en dehors d'une femme parachute qu'accompagnait un petit homme couperosé en surcharge pondérale et dont les cheveux longs peu soignés semblaient avoir absorbé par capillarité la graisse venue d'en bas le mari de la femme parachute s'en vint au micro pour décrire le terrible combat qui l'avait un jour opposé à sa femme avant qu'elle ne se pose en douceur dans le farinier grâce à sa corolle providentielle le récit de la terrible épopée marqua la fin de la soirée solitaires et couples levèrent le siège c'est alors que la femme à la chair très triste du début s'approcha de Grabinoulor et lui dit d'un ton fatigué « et dire qu'il faut rentrer à Paris maintenant ! » la phrase qui venait juste après la verge et la matraque fut pour Grabinoulor comme une soudaine révélation mieux que celle de Soubirou c'était du Lourdes pur jus Grabinoulor réalisa avec cette phrase qu'il n'était pas à paris, pas davantage que les autres convives s'ils y avaient cru un seul instant puisqu'il fallait rentrer à Paris mais alors où étaient-ils donc tous ? Quel était donc ce farinier, ces voutes à pénétration? Sils s'étaient crus toute la soirée dans une cave germanopratine c'était raté La phrase de la femme triste résonnait désormais dans la tête de Grabinoulor comme le tocsin annonçant la déclaration d'une guerre ou le trépas d'un moine étouffé par la poussière de blé au fond d'un farinier Grabinoulor se dit qu'il fallait dire quelque chose et la réplique lui vint comme ça sans forcer en quatre langues omnibus viis Romam pervenitur todos los caminos llevan a Roman tutte le strade portano a Roma Alle Wege führen nach Rom le compère chauffeur de Grabinoulor qui jactait l'espagnol compris tout de suite et pris la première route venue Grabinoulor se dit qu'une fois à Rome ils auraient bien le temps de réfléchir de visiter la Maison d'Auguste, le Colisée et même le Vatican avec Joseph Ratzinger à l'intérieur.
(1) Ce texte est une parodie. L'absence totale de ponctuation est volontaire.
A lire :Les Six Livres de Grabinoulor
Pierre Albert-Birot -Broché: 963 pages
Editeur : Jean-Michel Place (30 novembre 1991)
ISBN-10: 2858931453
ISBN-13: 978-2858931453

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