Je me souviens qu’enfant, je supportais très mal l'autorité « brutale » des surveillants et des professeurs dans mon lycée des années soixante. Les punitions ineptes, les lignes à copier à l'infini, une lettre en rouge une lettre en bleu, les heures de colles le samedi et le dimanche aux motifs absurdes et parfois surréalistes directement inspirés de l'imagination douteuse de nos aînés d’alors. La gifle n'était pas rare non plus. Je n'ai pas gardé un très bon souvenir de cette époque grise comme les blouses que nous portions.
Mon enfance jusqu'à la sixième, époque où je devins interne, s'était déroulée à la campagne auprès de parents et de grands-parents absorbés par le travail et qui nous laissaient, à ma sœur et moi, une grande liberté. En gros, nous faisions ce que nous voulions pourvu que nous fussions là pour les repas.
1968 fut la marque d'un commencement. D'une renaissance. Une nouvelle liberté. J'appréciai mes dernières années de lycée ainsi que celles passées à l'Université. J'appréciai de pouvoir enfin organiser mon travail et mes loisirs (forts nombreux à l'époque) comme je l'entendais.
Après ma réussite au concours d’enseignant de lycée professionnel, je passai deux ans dans une école dite Nationale et Normale (ENNA). Ce fut à nouveau une époque ambiguë pour moi. J'avais du mal à me conformer aux règles, aux usages et aux normes en vigueur dans cette « Ecole d'Apprentissage » tout en m'investissant totalement et sincèrement dans ce qui allait devenir mon futur métier. Je me souviens que l'appréciation globale qui sanctionna, avec une (très bonne) note la fin de ces deux années « d'apprentissage » mentionnait à mon endroit, entre autres observations plutôt élogieuses, « curieux et d'esprit indépendant dont on espère qu'il pourra s'épanouir en lycée professionnel »! ». Commentaire qui me fait encore réfléchir aujourd’hui.
Mon premier contact avec les élèves fut une révélation. Le petit nuage. J'avais semble-t-il enfin trouvé ma place. La rentrée se fit en septembre et, mu par une inspiration soudaine, j'annonçai, sans autre explication, à ma classe de CAP MM (mécaniciens Monteurs) que mon anniversaire était le 24 septembre. Ce qui me valut le jour J. un concert tonitruant par un groupe de 25 élèves déguisés en musiciens et soufflant comme des fous dans une batterie hétéroclite d'instruments à vent provoquant un tintamarre inédit dans le lycée.
Côté discipline, j'appris très vite que la généreuse clique des débuts tenait plus d’un état de grâce éphémère que d’une forme supérieure d’humanité partagée et que les musiciens d’un jour pouvaient se transformer en redoutables contestataires, dont la motivation et le rapport aux savoirs loin d'être stabilisés allaient très vite faire du professeur que j’étais un empêcheur de tourner en rond, un intrus. J'appris très tôt que les remarques désobligeantes, les incivilités pouvaient fuser. J'appris très tôt qu'il me faudrait peut-être envisager le deuil de ma discipline car la discipline (l’autre discipline) allait me prendre beaucoup d'énergie. J’appris très tôt qu’il me faudrait savoir faire autre chose que de concevoir d’harmonieux appareils didactiques pour pouvoir faire ce pourquoi on m’avait jugé digne d’être là ; c’est-à-dire transmettre les savoirs et savoir-faire de ma discipline.
Aujourd'hui je peux dire que jamais je n'ai collé un élève, que je n'ai ni donné de lignes à copier ni infligé de punitions ineptes. Encore que... Je ne dois pas mentir ni me mentir. II fallait bien réagir et agir face aux incivilités et à l'indiscipline. Je devins, et je le regrette encore aujourd’hui, le spécialiste des « punitions tordues ». L'une d'entre elles me reste en mémoire ; elle consistait à exclure le fauteur de trouble dans le couloir qui jouxtait ma salle de classe, à lui fournir une chaise et une table ainsi qu'une pile de magazines féminins afin qu'il puisse méditer/lire dans le calme. L'exclusion n'était accompagnée d'aucune autre sanction, mais d'un banal conseil : « si le CPE ou le Proviseur te croisent dans le couloir et te demandent ce que tu fais là tu leur expliqueras que ton professeur t'a autorisé à consulter l'ensemble de la presse hebdomadaire pour ton éducation et ton divertissement ». Redoutable !... j'avais bien conscience que tout cela n'était pas très orthodoxe. Mais bon, ça marchait. C'était l'essentiel. Il m'arrivait aussi de « piquer » des colères qui désorientaient mes élèves. Ça marchait aussi, c'était l'essentiel. J'aurais bien du mal aujourd’hui à lister les « trucs » souvent découverts dans l'urgence du moment et aussitôt oubliés tandis que d’autres expédients élevés par moi-même au rang de stratégies pérennes nuisent encore à la sérénité du professeur chevronné que je suis devenu. Ces techniques du professeur débutant que j’étais alors me valurent quelques inimitiés tenaces de la part de quelques élèves mais dans leur vaste majorité ceux-ci réagirent avec une sorte d'étonnement mélangé d’une crainte « admirative » pour un prof « imprévisible » qu’ils avaient du mal à cerner. Efficace dirons-nous mais insatisfaisant. Cette période ne dura pas très longtemps, j’appris rapidement qu’il convenait de canaliser mes « fausses » colères et débarrasser mes « punitions » de leur caractère peu réglementaire même si cela se faisait au prix d’une moindre efficacité. J’appris ainsi à débarrasser mon enseignement de ce que je considère aujourd’hui comme des scories douteuses, les mêmes, sous une autre forme, que celles que je reprochais à mes professeurs des années soixante !
La fausse-bonne idée: le droit de pétition
-
Le Président de l’Assemblée Nationale française, Richard Ferrand a adressé
aux députés français un courrier de quelques feuillets immédiatement rendu
publi...
Il y a 7 ans
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
N’hésitez pas à faire part de vos commentaires. Merci.