Au milieu des années soixante-dix je fus nommé comme assistant de français à Croydon où je devais passer plusieurs mois. Je ne connaissais rien de cette conurbation qu’on appelle le Grand Londres et qui s’étire en banlieues interminables et crasseuses sur plus de 1 579 kilomètres carrés. Dès mon arrivée dans la ville du Surrey on me décrivit l’endroit comme l’exemple d’un renouveau architectural à travers des réalisations telles que le « Fairfield Hall » et surtout le » Whitgift Centre », construit entre 1968 et 1970 et connu à l’époque pour être le plus vaste espace dédié à la consommation de tout le Grand Londres. Il s’agit d’une sorte de Mall à l’américaine regroupant une multitude de services, de commerces et de bureaux dans le centre de la ville du 19ème siècle. Civilisation de la bagnole oblige, l’espace est pourvu de parkings à étages dont le dernier se trouve à l’air libre. A l’époque je donne mes cours au « technical college » qui se trouve à deux pas du Whitgift Centre ». Un emploi du temps plutôt clairsemé m’amène à fréquenter les allées couvertes du centre bordées par les vitrines des grandes enseignes britanniques comme Alders, Boots et autres où s’approvisionnent régulièrement des millions de consommateurs venus de Croydon et des banlieues environnantes comme Mitcham où je réside alors. A l’époque Croydon comprend encore quelques belles rues bordées de grandes maisons Victoriennes pour la plupart rasées depuis au bénéfice d’immeubles d’un rapport plus juteux pour les promoteurs immobiliers. Dans le Sud du Grand Londres tout comme au Nord à l’Est et à l’Ouest, où que l’on soit, les villes s’imbriquent les unes dans les autres et l’on passe de Croydon à Sutton et de Sutton à Bromley sans jamais quitter l’agglomération. On passe ainsi des enfilades de maisons semi jumelées des années 30 qui bordent les rues de Mitcham aux corons (back to back housing) des quartiers plus déshérités comme Peckam. Le tout parcouru par un dédale de « bypass » de routes, de rues, de venelles, de sentes, et de voies ferrées qui convergent toutes vers Londres où elles drainent chaque jour des millions de travailleurs (commuters). On comprend dès lors l’attraction exercée par le fameux « Whigift Centre » pendant les fins de semaines sur la foule des anonymes prisonniers de la brique londonienne. Le « Whitgift Centre », c’est le rêve, celui de posséder un jour la dernière chaîne Hifi, le salon deux fauteuils et canapé, le chauffage électrique avec fausses bûches ou faux charbon rougeoyants qui évitent la pollution mais peinent à réchauffer les glaciales maisonnettes. J’erre quotidiennement dans le vaste « shopping centre » de tea shop en pub et de pub en grande surface. Rien ne semble devoir troubler les allées et venues des boulimiques de la consommation, sauf peut-être ce matin de printemps sur une esplanade à l’une des entrées du « Whitgift Centre ». Un léger mouvement semble agiter la foule plutôt dense sur le trottoir. Je me retourne pour constater assez rapidement qu’une jeune femme se déshabille lentement mais sûrement, elle dépose avec précaution ses habits sur une feuille de plastique, elle est désormais complétement nue. Les passants, flegme britannique oblige, font cercle autour d’elle et lisent respectueusement le petit écriteau de protestation qu’elle à pris soin de placer bien en vue devant elle. Nul commentaire, nulle agitation. Quelques minutes plus tard arrivent les bobbies, ils sont deux, débonnaires, sans aucun signe ostentatoire d’armement. Ils s’approchent doucement. L’un enlèvera sa veste pour la poser sur la poitrine nue de la dame, l’autre se décoiffera et fera de son casque noir un parfait cache pour le sexe également exposé de la dame. Les trois disparaissent gentiment dans une voiture de police. C’est fini, les passants reprennent leurs pérégrinations. La scène se passe à Croydon dans les années soixante-dix. En 2011, la semaine dernière à Croydon, la violence fait rage entre police et émeutiers. Les immeubles brûlent, les vitrines explosent. David Cameron crie haut et fort que l’on fera intervenir l’armée, les canons à eau, et que l’on arrachera les cagoules des casseurs en comparution immédiate. En 2011 on ne se contente plus de regarder les jolies vitrines. En 2011 on est au chômage. A Croydon, à Peckam, à Lewisham. En 2011, on ne se met pas gentiment à poil pour protester. En 2011 on en a marre du « Whitgift Centre » ça ne fait plus rêver, ça donne la haine.
Epilogue : en 2020 on projette d’agrandir le « Whitgift Centre » dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler le « Croydon Vision 2020 scheme ». Vous avez dit vision ?
La fausse-bonne idée: le droit de pétition
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Le Président de l’Assemblée Nationale française, Richard Ferrand a adressé
aux députés français un courrier de quelques feuillets immédiatement rendu
publi...
Il y a 7 ans

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