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samedi 30 avril 2011

« Pardonne-moi, camarade : comment as-tu pu être mon ennemi? " Erich Maria Remarque "

En 1970, encore lycéen à Saint-Lô je décide de faire mon premier voyage à l'étranger. Nous choisissons la Grande Bretagne pour y assister au festival de l'île de Wight. Partis en stop nous rejoignons Londres où nous devons  retrouver un camarade. Nous passons 2 ou 3 jours dans une auberge de jeunesse située près de Kensington Gardens. Nous croisons là-bas un groupe de jeunes allemands parmi lesquels je remarque tout de suite la jolie Rosy Veber dont je tombe follement amoureux. Après deux jours d'une idylle mémorable nous décidons de partir pour l'Ile de Wight. Rosy et moi devons nous y retrouver. Mais comme dans toutes les grandes sagas amoureuses, nous nous perdrons de vue dans les hordes qui convergent vers l' île au blanches falaises et jamais nous ne nous y retrouverons. Fort heureusement Rosy m'a laissé son adresse : « Heilbronner Strasse, Karlshrue ». Allemagne. Pendant des années alors que je suis devenu étudiant à l'université nous correspondons régulièrement. Rosy attend mes lettres et j'attends les siennes.
A l'époque les cours à l'université nous laissent pas mal de loisir, c'est ainsi qu'un beau soir fatigué de boire des bocks dans les estaminets estudiantins du Gallion, je décide de partir en 2CV pour Karlshue rejoindre Rosy sans l'avertir d'aucune manière. Après une étape du côté de l'Alsace j'arrive à Karlshue trouve « Heilbronner Strasse » et le modeste appartement où est censée se trouver Rosy. «  Ist Rosy hier ? » est ma première question à la dame qui m'accueille, c'est madame Veber, la maman de Rosy. Celle-ci me répond : «  Rosy ist in Paris ». L'affreuse tragédie de l'île de Wight se reproduit, une fois de plus Rosy et moi nous nous sommes croisés, ratés. Monsieur et Madame Veber sont des gens charmants ils m'hébergeront pendant deux jours en attendant le retour de Rosy. Après de chaleureuses retrouvailles Rosy viendra terminer ses vacances à Quibou où elle passera une huitaine de jours. A l'époque mon grand-père Joseph vit encore avec nous. C'est un vieil homme sec secret et taciturne qui parle peu. Deux guerres sordides l'ont rendu autiste et cela semble irréversible. Joseph ne sourit jamais. Une fois ou deux on l'a vu et entendu jouer du violon. C'est à peu près tout. La musique à définitivement quitté sa vie. Ce soir là alors que nous dînons à la table familiale en compagnie de Rosy Veber en provenance de Karlshue, j'observe mon grand-père, l'ancien poilu de la boue des tranchées, l'ancien résistant qui gardait son révolver de service dans sa table de chevet, dont la vie ne fut qu'un combat contre l'allemand. Sur la joue de Joseph roulent les larmes. Elles coulent en silence. Un silence terrible. Un silence assourdissant. Un silence que je continue d'entendre. " Adieu la peine et le plaisir, adieu les roses" Adieu Rosy!

There's a crack in everything, that's how the light gets in » Leonard Cohen.

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