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lundi 24 janvier 2011

POUSSIERE

LE PREMIER JOUR

2 – T'as pas oublié dis Michel dis-moi que t'as pas oublié. Le premier jour. ?
1 – Non j'étais à la lumière. Je n'aurais pas dû. Ils étaient tous déjà partis mais moi j'étais resté tard pour les derniers réglages, conscience professionnelle. C'est là que je t'ai vue pour la première fois.
2 – Ils m 'appelaient poussière. Je n'avais pas de nom. Ou plutôt si j'en avais un. Mais eux quand ça arrivait qu'ils me croisent ils disaient sans me voir, ils disaient « poussière ». Salut poussière. Bye poussière. Moi je faisais mon job. Sur le plateau désert et tout noir. C'était envahi par la poussière. J'étais seule toute seule avec cette poussière. La poussière c'est l'engeance. Ça revient ça revient toujours. On en trouvait partout après qu'ils soient partis. Qu'ils aient démonté puis éteint. Ça tombait ou ça montait ça tombait d'en haut et ça montait d'en bas. Comme un flux permanent. Alors moi j'étais là pour ça. J'arrivais à la nuit. Avec pour seule lumière le halo de la servante. Je briquais, je lustrais je peau-de-chamoisais à tour de bras. Dans le silence et dans l'absence. Parce qu'ils étaient tous partis ou pas encore là. J'en sais très long sur cette poussière qui s'incruste et qui s'immisce. Ou ça rentre et d'où ça sort. Alors dans la pénombre du plateau je dessinais. Je dessinais une forme dans la poussière. C'était celle d'un homme . Grand très grand . Très beau. Il couvrait tout le plateau. Mais cet homme à l'horizontale je ne pouvais pas le voir dans son entier. Trop grand pour que je l'embrasse des yeux. Je n'en voyais que des morceaux. Des parcelles. Une jambe, un œil, un sexe, une oreille. Jamais tout à la fois.  c'était un kaléidoscope d'homme que je faisais.  Il aurait fallu être très haut, très haut au firmament parmi les étoiles pour savoir que c'était un homme. Et moi Je ne voyais rien. Que des morceaux. qui finissaient toujours par danser devant mes yeux comme de minuscules insectes  dans le halo de la petite lumière. Puis tout à coup ça c'est allumé. Plein feux comme ils disent. Ça m'a éblouie toute cette lumière d'un seul coup. Il m'a fallu plusieurs secondes pour retrouver la vue. Pour te voir. Mon Michel. Et là c'était bon. Je l'avais enfin mon homme. Dans son entier. C'était toi. Et il était debout.
1 – Je terminais les réglages. Je testais un plein feu. Des milliers de watts à tout faire péter. C'est là que je t'ai vu sous la douche jaune. Comme un soleil.
2 – Je suis restée conne avec mon balai. J'osais pas parler.
1 – Je me suis approché tout doucement. Je suis Michel. Michel que j'ai dit.
2 – Je suis Josie.
1 – Bonjour Josie
2 – Bonsoir Michel. C'est comme ça que tout à commencé. Au milieu de rien. Dans la poussière qui fumait dans le plein feu des projecteurs. C'était bon et c'était beau. Un vrai show comme à la télé.

LES CACAHOUÈTES

1 – T'as faim ?
2 – Non je t'ai dis, la ligne. Je veille à ma ligne.
1 – J'ai des cacahouètes si tu veux.
2 – C'est gras et difficile à digérer.
1 – Ah. J'avais oublié

2 – T'oublie toujours. T'as pas de mémoire.
1 – Si mais sélective. Sélective. Tu comprends. J'attends du présent.

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