SOUFFLER C'EST JOUER ...
Un jour que nous visitions une Bastide du Périgord nous fîmes halte dans l'échoppe du souffleur de verre. L'endroit comprenait deux parties distinctes. La boutique offrait à la vue des touristes une très belle collection d'objets en verre aux formes inédites et aux couleurs savamment travaillées; vases, assiettes, verres et coupes, plats de toutes les formes. Le tout gardé par une femme au visage imperturbable derrière son comptoir. La femme regardait du côté de la petite foule que nous formions. Sans doute attendait elle les quelques rares clients capables de s'offrir l'une ou l'autre des merveilles exposées. Mais il y avait quelque chose d'autre qui attirait irrésistiblement le regard de tous. Quelque chose qui tenait du miracle. Séparé de la boutique par une balustrade de bois se trouvait un atelier. L'atelier du souffleur. Du souffleur de verre. Celui qui donnait la vie à tous ces objets que nous admirions. Sur un exigu plateau de planches un homme et une jeune femme, peut être sa fille se livraient à un ballet minutieux entre four, établis à demi rongés par la chaleur, baquets remplis d'une eau couleur de rouille et toutes sortes d'objets dont j'ignore encore les noms.
Gestes et déplacements étaient réglés à la seconde, le couple mu par un mécanisme d'horlogerie d'une grande précision. Rien ne semblait tenir du hasard, chaque mouvement, chaque action était d'une précision sans faille. L'homme mettait le verre au feu revenant sans cesse au four et à l'eau tandis que la fille préparait les pigments. Je ne saurais trop dire toutes les étapes qui conduisaient l'artiste à souffler la masse de silice en fusion à l'aide de longues pipettes métalliques. Mais je me souviens qu'à l'issue de cette danse silencieuse le verre prenait soudain forme et couleur par le souffle tantôt doux, tantôt vigoureux de l'artiste. L'œuvre finale tira même plusieurs fois les applaudissements des spectateurs qui se bousculaient pour voir....
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